Le Département condamne cet "amendement de la honte" - 2026

09 janv. 2026

La Commission des finances de l’Assemblée nationale supprime la majoration des alcools forts demandée pour La Réunion

Le Département condamne cet "amendement de la honte" 

Le Département de La Réunion condamne avec la plus grande fermeté l’amendement adopté en Commission des finances de l’Assemblée nationale visant à supprimer la majoration de la taxation des alcools forts à La Réunion, pourtant votée par le Sénat pour des raisons de santé publique. Cet amendement de suppression, défendu par le député de l’Eure Philippe Brun, constitue un recul grave et irresponsable face à une réalité sanitaire dramatique que connaît notre territoire.

Lors de son intervention en Commission des finances, Philippe Brun a lui-même reconnu avoir été en contact avec la Présidente de la Région Réunion et sans l’aval de sa propre famille politique socialiste, il a justifié son amendement de suppression en évoquant l’opposition supposée « d’un certain nombre d’acteurs associatifs et militants offusqués par cette disposition ». Cette affirmation est totalement erronée et profondément déconnectée de la réalité réunionnaise.

À La Réunion, les acteurs associatifs, notamment ceux qui sont engagés dans la prévention et la lutte contre l’alcoolisme soutiennent très majoritairement la majoration de la taxation des alcools forts. C’est notamment le cas de la Fédération Régionale d’Addictologie de La Réunion (FRAR), présidée par le Dr David Mété, qui alerte depuis de nombreuses années sur les conséquences sanitaires et sociales d’une consommation excessive d’alcools forts, favorisée par des prix parmi les plus bas de France. Comme il l’a clairement exprimé, « disposer de la dose d’alcool la moins chère de France n’est pas une chance, mais une inégalité majeure de santé publique ».

Il est particulièrement choquant de constater qu’aucun argument relatif aux dangers de l’alcool sur la santé publique n’a été avancé lors des débats en Commission des finances. L’unique justification développée par Philippe Brun est d’ordre financier, prétendument liée à l’impact de cette majoration sur l’industrie rhumière. Là encore, il s’agit d’une contre-vérité. La majoration envisagée constitue une faculté et non une obligation, son taux devant être fixé chaque année en concertation avec l’ensemble des acteurs concernés. Elle permet en outre de maintenir un différentiel favorable au rhum local par rapport aux alcools forts importés, garantissant ainsi la protection de la filière réunionnaise et de ses emplois.

Le Département tient à rappeler que La Réunion fait face à une situation extrêmement préoccupante en matière de santé publique liée à l’alcool : surmortalité, accidents de la route, violences intrafamiliales, alcoolisation fœtale, maladies chroniques, sans compter les drames humains et familiaux qui en découlent. La surconsommation d’alcools forts constitue un facteur majeur de cette tragédie silencieuse. Refuser d’activer un levier fiscal reconnu par les acteurs comme efficace revient à ignorer délibérément une réalité sanitaire documentée et alarmante.

Cette suppression de la honte a par ailleurs été votée en l’absence totale de l’Outre-mer : aucun député des départements et régions d’outre-mer n’a participé à ce vote. Une décision lourde de conséquences pour La Réunion a donc été prise sans les représentants directs de la population concernée.

Face à cette situation, le Département de La Réunion appelle solennellement à la vigilance et à la responsabilité des députés, en particulier ceux de La Réunion, lors des débats et du vote en séance publique à l’hémicycle de l’Assemblée nationale. Il leur appartient de défendre l’intérêt général, la santé publique et la protection des plus fragiles, plutôt que des arguments fallacieux et déconnectés du terrain.

Supprimer ce dispositif serait un renoncement grave, une faute politique et morale face à un fléau qui coûte chaque année des vies humaines. Le Département réaffirme avec force que la lutte contre l’alcoolisme doit rester une priorité absolue et que toute décision publique doit être guidée par un impératif clair : sauver des vies et prévenir des milliers de drames familiaux à La Réunion.