Gwenaëlle Hoarau, diplômée de Sciences Po Paris : « Pas Kapab lé mort sans essayé ! » - 2026

01 sept. 2026

Après un bachelor mention Politique et gouvernement, Guénaëlle Hoarau a décroché un Master en finance et stratégie à SciencesPo Paris. Des diplômes obtenus grâce au soutien de sa famille mais aussi à l’accompagnement de la collectivité par le biais de la bourse départementale . Elle veut désormais mettre sa réussite au service de son île. Un parcours inspirant pour de nombreux jeunes réunionnais.

 

 

Vous êtes originaire du Chaudron, pouvez-vous nous parler de votre parcours ?

Je suis originaire du Chaudron. J’y ai grandi et j’y ai construit une grande partie de la personne que je suis aujourd’hui.

J’ai fait ma scolarité au collège Mahé, puis au lycée Georges Brassens. J’ai toujours été une bonne élève et ai toujours pris mes études au sérieux . Pour autant, je ne pense pas que mes résultats scolaires suffisent à expliquer mon parcours. Ce qui m’a vraiment permis d’avancer, c’est aussi l’éducation que j’ai reçue et, surtout, le soutien de ma famille.

Mes parents, mes sœurs et mes frères ont toujours été présents pour moi. Ils m’ont plus que soutenue : ils ont été ma lumière sur cette route parfois sinueuse. Dans les moments de doute, de fatigue ou lorsque je me demandais si j’étais capable, ils étaient là pour me rappeler pourquoi j’avais commencé et pourquoi je devais continuer.

Il y a une phrase qui résume assez bien mon état d’esprit : « Pa capab lé mort sans essayé. » Pour moi, cela signifie qu’on ne peut pas savoir de quoi on est capable si on ne tente pas sa chance. Je me suis toujours dit que je préférais essayer et échouer plutôt que de regretter toute ma vie de ne pas avoir essayé. Mais je dois aussi être honnête : sans ma famille, je n’aurais peut-être pas eu la même volonté d’essayer. Leur confiance en moi a souvent été plus forte que mes propres doutes. Un grand merci à eux d'avoir toujours répondu présents lorsque j'en avais le plus besoin...

D'avoir des parents qui sont toujours là pour leurs enfants malgré des milliers de kilomètres ce n'est pas donné à tout le monde :ils ont mon pilier. 

Vous avez intégré Sciences Po, comment s’est passée votre arrivée dans cette école prestigieuse ?

Intégrer Sciences Po Paris a évidemment été une immense fierté. Pour une jeune Réunionnaise, c’était aussi une nouvelle étape et un changement important. Je suis arrivée dans un environnement très différent de celui que je connaissais. Il y avait des étudiants venant de parcours, de territoires et de milieux très différents. Au début, il a fallu s’adapter, trouver ses repères et prendre confiance. Même si j’avais toujours été une bonne élève, entrer dans une institution aussi exigeante m’a forcément amenée à me questionner. On peut se demander si l’on est vraiment à sa place, si l’on a le niveau, si l’on va réussir à suivre... Le fameux syndrome de l'imposteur. Mais j’ai progressivement compris que ma place, je pouvais aussi la construire moi-même. J’ai appris à faire confiance à mon travail, à mes capacités et à tout ce que mon parcours m’avait déjà appris. Et puis, même à des milliers de kilomètres de La Réunion, je n’étais jamais vraiment seule. Ma famille était toujours là, au téléphone, dans mes pensées, dans mes réussites comme dans mes moments de doute.

Qu’est-ce qui a été le plus difficile pour vous ?

Je dirais que le plus difficile a été de gérer les moments de doute et de devoir constamment sortir de ma zone de confort. Les études demandent du travail et de la rigueur, mais il y a aussi tout ce qui se passe autour : l’éloignement de sa famille, le changement d’environnement, la pression que l’on peut parfois se mettre à soi-même et cette peur de ne pas être à la hauteur. Il y a eu des moments où j’ai pu me demander si j’avais vraiment ma place. Mais dans ces moments-là, je repensais au chemin parcouru et à tous ceux qui avaient cru en moi. Ma famille a été mon principal moteur. Je savais que derrière moi, il y avait des parents, des frères et des sœurs qui croyaient en moi et qui étaient fiers de me voir avancer. Avec le recul, je pense que les difficultés ont aussi été nécessaires. Elles m’ont appris à être plus forte, plus autonome et surtout à ne pas abandonner au premier obstacle. En outre, ayant bénéficier durant toute ma scolarité à Sciences Po de la bourse du Département, j’ai pu poursuivre mes études sereinement en me concentrant pleinement sur mes cours.

Vous êtes diplômée, comment envisagez-vous votre avenir professionnel ?

Aujourd’hui, l’obtention de mon diplôme représente une grande fierté, mais je ne la vois pas comme une finalité. C’est plutôt le début d’une nouvelle étape. Je souhaite maintenant construire mon avenir professionnel en donnant du sens à ce que je fais, en continuant à apprendre et en mettant les compétences que j’ai acquises au service de projets qui me tiennent à cœur. Certes, je suis partie pour étudier et découvrir d’autres horizons, mais je n’oublie pas d’où je viens et je m'étais promis de revenir sur l'île plus forte afin de mettre mes compétences au service de mon ti péï. Mon identité réunionnaise fait partie de ce que je suis et j'ai hâte de rentrer. Une fois sur l'île, j'ambitionne de me lancer dans la politique afin de mettre en pratique toutes ces connaissances théoriques acquises en 6 ans loin de chez moi. 

Pour en revenir à mon parcours, j'aimerais que ce dernier puisse, d’une manière ou d’une autre, être utile à mon territoire et aux générations qui viennent. Si je peux transmettre ce que j’ai appris, accompagner d’autres jeunes ou simplement leur donner envie d’oser, ce sera déjà beaucoup.

Quels conseils donneriez-vous aux jeunes Réunionnais ?

Je leur dirais avant tout : osez.

Osez candidater. Osez partir. Osez essayer des choses qui vous paraissent parfois trop grandes pour vous. Et surtout, ne décidez pas à l’avance que quelque chose n’est pas fait pour vous.

Je pense que lorsqu’on vient d’un territoire éloigné comme La Réunion, on peut parfois avoir l’impression que certaines opportunités sont réservées à d’autres. Mais il ne faut pas se mettre soi-même des barrières.

Travaillez, soyez curieux, entourez-vous de personnes qui croient en vous et acceptez de sortir de votre zone de confort.  Et surtout, n’ayez jamais honte de vos origines mais soyez-en fiers comme moi j'en suis fière. Notre histoire, notre famille et notre territoire sont nos forces.

Je leur dirais aussi de ne pas avoir peur de l’échec. On parle beaucoup de réussite, mais on oublie parfois toutes les fois où il faut recommencer, douter et persévérer avant d’y arriver.

Pour moi, « Pa capab lé mort sans essayé » résume vraiment cette philosophie. On ne sait jamais jusqu’où l’on peut aller tant qu’on n’a pas essayé.

Y a-t-il un autre élément que vous souhaiteriez ajouter ?

Oui. J’aimerais surtout insister sur la place de ma famille dans cette réussite.

On parle souvent de parcours individuels, de mérite et de réussite personnelle. Mais derrière mon diplôme, il y a toute une famille. Mes parents, mes frères et mes sœurs ont été présents à chaque étape. Ils ont cru en moi, parfois même lorsque je doutais de moi. Ce n'est pas mon diplôme dont on parle mais Notre diplôme.Je leur dois énormément.

Je suis fière du chemin parcouru et de ce que j’ai accompli, mais je sais aussi que je ne suis pas arrivée ici seule. Et si mon parcours peut permettre à un jeune Réunionnais, de se dire « pourquoi pas moi ? », alors ce sera pour moi l’une des plus belles réussites de cette aventure. Me concernant, le meilleur reste à venir.